Bonus pour les romantiques: Le bracelet brésilien (tome 1)
Retour bonusOn était à la veille du départ en vacances ! Colette et Xavier avaient donné leur accord pour accueillir Ileana en plus des jumeaux. Claire et Benoît ne tenaient plus en place, ils avaient longuement discuté de ce qu’il fallait emporter et de tout ce qu’ils allaient faire là-bas pendant leurs deux semaines de congé. Quelque temps plus tôt, Ileana aurait été enchantée de cette perspective. Quitter le foyer quelques jours pour goûter le bonheur de vivre dans une famille aimante et de faire des activités nouvelles, quelle chance ! Mais elle n’osait pas dire à ses amis que maintenant cette échéance était une véritable catastrophe pour elle. Depuis quelques jours, elle et Stan essayaient de se voir en cachette aussi souvent que possible. Le garçon ne comprenait d’ailleurs pas qu’ils ne s’affichent pas ouvertement. Ileana lui avait expliqué que Benoît serait extrêmement triste et qu’elle ne se sentait pas (encore) le courage de lui avouer qu’elle était amoureuse. Elle avait dit à Stan qu’elle pouvait recevoir des messages mentaux, et le garçon ne se privait pas de lui demander de le rejoindre dès que l’occasion se présentait. Ils s’arrangeaient pour arriver les derniers au réfectoire à midi et s’étreignaient brièvement dans le couloir avant d’entrer dans la salle bondée. Ils se rejoignaient quelques minutes à la Grotte quand ils réussissaient à fausser compagnie à leurs amis. Ils se donnaient des rendez-vous dans les endroits les plus farfelus, pourvu qu’ils soient loin de la foule : derrière un bosquet du parc, dans un salon déserté, à l’étage de l’administration quand les bureaux étaient fermés. Ils s’adressaient de loin des regards furtifs mais enflammés lorsqu’ils étaient en public. Assise sur son lit tandis que Claire remplissait son sac, Ileana poussa un soupir de bonheur à l’évocation de tous ces moments délicieux. L’amour avait soudain rempli sa vie et relégué tout ce qui l’intéressait auparavant loin derrière. Elle sourit toute seule en pensant à Stan. Il se révélait tendre et drôle, attentif et passionné. Elle ne se lassait pas de regarder son beau visage hâlé, ses cheveux noirs, ses yeux noisette si moqueurs. Et elle n’était nulle part aussi bien que dans ses bras. Qu’il était cruel d’être séparés demain pour quinze longs jours ! Il fallait qu’ils se voient ce soir ! Elle résolut de lui faire parvenir un message. Elle alla au petit bureau, prit un morceau de papier et un crayon, et aussitôt le crayon dansa au-dessus de la feuille pour tracer son message : « retrouve-moi au petit pont ce soir à 22h30 ». Elle rongea son frein pendant tout le dîner, qui eut lieu dans la salle à manger du groupe, et ne répondit que par monosyllabes à Claire qui abandonna vite toute idée de conversation avec elle. Enfin elles se rendirent dans la cour pour y profiter de cette belle soirée d’été. Ileana s’installa comme d’habitude sur le dossier de son banc préféré, tandis que les jumeaux lui faisaient face, debout. La cour commençait à se remplir d’enfants et d’adolescents, et bientôt Stan apparut avec sa bande de copains, et ils passèrent derrière Claire et Benoît. Stan avait laissé ses amis prendre de l’avance, et il eut donc tout le loisir de regarder Ileana sans que personne ne s’en rende compte, sauf l’intéressée. Elle froissa le papier dans sa poche et laissa tomber la boulette par terre, derrière le banc. Puis, d’une pichenette mentale, elle fit avancer la sphère de papier sur le bitume de la cour, et Stan n’eut qu’à se baisser pour la ramasser. Il prit connaissance du message et lui adressa un sourire radieux. Deux heures plus tard, Claire dormait enfin, et Ileana sortit précautionneusement de leur chambre. Aller au salon et sortir par la fenêtre fut un jeu d’enfant. Elle vola sur l’arrière du château jusqu’au coin du bâtiment puis reprit son apparence habituelle. Elle n’avait pas osé dire à Stan qu’elle était une fée. Il la prenait pour une sorcière, et c’était bien assez ! Elle avait peur de sa réaction si elle lui disait la vérité. Il serait toujours temps, plus tard… Elle sentit qu’il était là-bas, au-delà du petit pont japonais. Elle approcha à pas de loup et l’entoura de ses bras. Aussitôt il se retourna et l’enlaça. Ils s’embrassèrent à en perdre haleine. Enfin ils n’avaient plus besoin de faire attention, de surveiller les allées et venues des gens… Stan prit dans sa poche un petit paquet et le tendit à Ileana. Il était enveloppé dans une feuille de papier toute simple, mais la jeune fée regarda Stan comme s'il venait de lui offrir la lune. Elle l'ouvrit et découvrit un bracelet brésilien. - Je l'ai fait pour toi, déclara-t-il gauchement en l'attachant à son poignet.